« Bill, dépêche-toi, on va rater l'avion ! »
L'Androgyne courait dans tous les sens, allant de la salle de bain à sa chambre, prenant un tee-shirt dans son armoire au passage. Peinant à fermer son immense valise, il s'assit dessus et y sauta à pieds joints en tirant de toutes ses forces sur la fermeture éclair.
« Yeah ! »
Cri de victoire signifiant qu'il avait (enfin) réussi à refermer sa valise. Un sourire de satisfaction se dessina sur ses lèvres, jusqu'au moment où il tourna la tête et découvrit... sa brosse à dents. Posée bien en évidence juste derrière lui, rayonnant presque du mauvais tour qu'elle venait de lui jouer, le narguant encore et encore. Enfin, à sa manière, puisqu'une brosse à dents ne peut pas vraiment narguer quelqu'un. Le brun soupira en levant les yeux au ciel et laissa échapper un « Scheiße... ».
Son jumeau se tenait dans l'encadrement de la porte. Posant ses yeux noisette sur son petit frère, il ne put s'empêcher de le regarder intensément. Se lécha les babines, comme le grand méchant loup prêt à dévorer le petit Chaperon rouge. Mais dans un autre sens du mot « dévorer ».
« Bill ? T'es prêt ? Le taxi attend déjà en bas.
- Presque, je trouve un moyen de caser ma brosse à dents et c'est bon.
- Dépêche-toi mon Ange. »
Le dreadé lança cette phrase en caressant sensuellement l'épaule de son frère, ce qui eut pour effet d'accélérer considérablement le rythme cardiaque du plus jeune. Celui-ci boucla rapidement sa valise, attrapa veste, casquette et lunettes de soleil, et enfila le tout. Un sac Chanel à la main et sa valise à l'autre, il descendit les escaliers, chargé comme un mulet. L'appartement était silencieux et tous les volets avaient été fermés par Tom. Celui-ci attendait à la porte. Il laissa passer son frère (en regardant attentivement ses petites fesses) et ferma à clé.
Après avoir mis sa valise dans le coffre du taxi, avec toutes les forces qu'il avait dans ses petits bras, Bill s'assit à côté de son frère à l'intérieur du véhicule.
« Content ? chuchota Tom.
- Evidemment, répliqua l'Androgyne en posant une main sur la cuisse de son double. Parce qu'on ne va être que tous les deux pendant une semaine. »
Entamant de lents va-et-vient sur l'entrejambe du dreadé, Bill s'approcha dangereusement de son frère qui engagea un baiser passionné. Celui-ci détacha sa ceinture de sécurité et se colla à son jumeau, au grand malheur du chauffeur, qui essaya plusieurs fois de rappeler que « le port de la ceinture » était obligatoire.
Mais Dieu sait combien ils s'en fichaient ! Si le brave homme ne s'était pas trouvé là, cela faisait longtemps qu'ils ne feraient plus qu'un, nus comme des vers à l'arrière du véhicule ; bien que Tom ait chuchoté à son frère « on ne va quand même pas faire ça dans le taxi ».
« Vous êtes arrivés, Messieurs » annonça le chauffeur après un –très– rapide coup d'½il dans le rétroviseur. Les deux garçons s'immobilisèrent, se décollèrent rapidement l'un de l'autre. Tandis que Bill se recoiffait, Tom paya, et ajouta un gros pourboire. « Pour le petit dérangement au feu rouge. » expliqua-t-il avec un clin d'½il. Le petit dérangement en question, c'était un gloussement provenant du plus jeune, qui eut pour effet de faire sursauter le chauffeur.
Le taxi démarra comme un fou dès qu'ils eurent pris leurs bagages, laissant derrière lui un nuage de fumée et deux jumeaux ahuris, ouvrant de grands yeux.
Bill remit sa casquette et ses lunettes, Tom fit de même et ils s'avancèrent vers le grand hall, tirant leurs valises derrière eux. L'aéroport était bondé. Des hommes d'affaire hurlaient dans leur téléphone portable, les hôtesses de l'air marchaient d'un pas rapide, tout le monde stressait à l'idée de rater son avion.
Les jumeaux s'approchèrent du tableau où étaient indiqués les horaires de vols, cherchèrent le leur et trouvèrent enfin « Berlin, Moscou ». Leur départ étant fixé à vingt heures, il décidèrent d'aller faire enregistrer leurs bagages. L'hôtesse leur adressa un sourire Colgate blancheur, sans doute pas insensible au charme des jumeaux.
Une fois que leurs bagages eurent rejoind ceux des autres passagers, ils retournèrent dehors. Se grillant une petite clope entre amoureux, sur le parking de l'aéroport Schonefeld de Berlin, ils regardaient la capitale. Une dernière fois, avant de s'envoler au Japon.
Pour leurs vingt ans, leurs producteurs, ainsi que Gustav et Georg, leurs avaient offert un voyage au Japon, à Tokyo. Seulement tous les deux. Pendant une semaine.
« Just the two of us, just the two of us ! »
Bill chantonnait en se balançant d'un pied sur l'autre.
« Qu'est-ce qu'il fait chaud, lança le brun en se servant d'un magazine comme d'un éventail.
- Pourquoi tu as acheté ce magazine, Bill ? Parce qu'on est en couverture ?
- Mais non, c'est juste marrant de lire les trucs qu'ils disent. »
Le dreadé regarda bizarrement son frère, et lui prenant la cigarette des mains, il chuchota :
« T'es sûr qu'il n'y avait pas de substances illicites là-dedans ?
- Tom ! arrête de te moquer de moi, se plaignit l'Androgyne tandis que l'intéressé lui tirait amoureusement (ou sadiquement) les cheveux.
- Je n'arrêterai pas, susurra l'aîné à l'oreille de son frère. Et ce sera pire dans l'avion... »
« Eh bien, heureusement qu'on change d'avion à Moscou, pensa Bill. Parce que je n'aurais pas tenu un vol direct... »
